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Blog

March 28

vingt-six

 
CHRONIQUES DE LA TRIBU
 
L'Éloge de la fuite
 
Mimi-Comédie, les deux fesses dans le sable, tentait de reconstituer fidèlement le château de Barbie à l'aide d'une petite pelle verte et des trois verres de rhum-coco vidés dans la matinée par Mère-Veilleuse, pendant que Lîle-Ermitte, appliquant méthodiquement la technique du petit chien, se débattait inlassablement contre le ressac à une main, se bouchant le nez avec l'autre. Mère-Veilleuse et Dieu-le-Père batifolaient allègrement dans la vague en body-surfant à qui-mieux-mieux, l'eau saline désinfectant spontanément les plaies infligées par le râpage systématique de leurs jolis corps enduit de crème 45 sur la rive sablonneuse de leur paradis. Le soleil déclinait paresseusement quand Dieu-le-Père rapatria la tribu pendant que Mère-Veilleuse cherchait son bas de bikini exilé au large. Après 4 douches sous un filet d'eau tiède bien méritées, Mère-Veilleuse pelleta le fond du bain, parfuma sa marmaille et enfila une mini-robe sexy acheté spécialement pour le voyage dont le coût lui aurait permis d'amener Mémé-Morale avec eux en vacances, ce dont il n'était évidemment pas question. Dieu-le-Père retourna au petit coin pour la neuvième fois de la journée, emplissant l'air de la chambre d'effluves de bouffes des îles mal digérées. Vingt minutes plus tard, ils étaient enfin prêt à affronter le buffet du soir suivi du spectacle des jeunes déesses dominicaines en G-String que Lîle-Ermitte qualifiait timidement de jolies, les yeux agrandit par sa première poussée d'hormones, approuvé sans équivoque par Dieu-le-Père, rivé sur sa chaise. L'heure du dodo venue, Mimi-Comédie produisit sur son lit le premier strip-tease de l'histoire d'une enfant d'âge préscolaire à grands coups de déhanchements lubriques et de sons suggestifs. La tribu s'endormit lentement sur le ronronnement de l'air climatisée et les tabarnacs guerriers d'un groupe de québécois saoûls morts dans le corridor de l'hôtel, rêvant déjà à la journée du lendemain.
February 15

vingt-cinq b)

 
C'est douloureux.

vingt-cinq

 
Lendemain de veille
 
Je relisais tranquillement mon blog de la St-Valentin quand ça m'a frappé en pleine face. Comment ai-je pu écrire une phrase aussi incroyablement kétaine? Et puis l'évidence m'est apparue comme le nez dans une face de clown. Parce que JE SUIS résolument, absolument, profondément deeply kétaine à l'os. Je ne m'en sors pas. Je rêve de galoper sur une plage de sable blond, la chemise blanche mouillée collée à ma peau doré par le magnifique couché de soleil, sourire sensuel aux lèvres et tresses de Bo Derek avec petites bouboules au bout. Je pleure dans un navet américain quand le fils malheureux serre enfin son père dans ses bras après avoir gagné une course de vélo envers et contre tous. Je sais les paroles de "Mon Ange" d'Éric Lapointe parce qu'au lieu de changer de poste, je monte le son de la radio. Je connais même les personnages de "L'Auberge du chien noir", calvaire! Vous en voulez d'autres? Je crois que chacun fait son possible avec ce qu'il a vécu. Et je crois au grand amour. Amen
 
 Voilà. C'est maintenant qu'il faut assumer et publier le billet.
 
February 14

vingt-quatre

 
 
Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.
   Antoine de Saint-Exupéry (Terre des hommes)
 
 
 
J'ai toujours aimé cette phrase.
Bonne St-Valentin
 
 
February 12

vingt-trois

  
CHRONIQUES DE LA TRIBU
 
Plaisirs d'hiver 1
 
Pendant que Mimi-Comédie enfile ses bottines à grands coups de chpacapab, Lîle-Ermitte chigne d'indignation en tentant de transporter ses skis, les lunettes de travers et les deux yeux dans le même trou. Dieu-le-Père trépigne d'impatience, chargé comme un 18 roues. Mère-Veilleuse, clope au bec, boucle les préliminaires, verrouille Minoune et encourage son troupeau, bottines de 10 lbs aux pieds, à franchir l'hectare qui sépare le stationnement-des-lève-tard du Mont-Calvaire. Trente-cinq minutes et vingt-deux menaces de mort plus tard, nos joyeux sportifs accrochent à leurs manteaux respectifs les précieux billets de remonte-pente dont le coût permettrait à une famille Nigérienne de vivre royalement pendant un an.  La tribu, transis de froid, est enfin prête à conquérir la montagne...
 
 
à suivre. 
 
February 08

vingt-deux

 

Les Hommes naissent tous ego.

 

January 11

vingt-et-un

 
MON TOP 6  DE NOMS D'ENTREPRISES
HIVER 2007
 
 
1- LAVALIFE (site de rencontre)
C'est ironique, non? C'est comme "Laval" et "Have a life" mélangés...
 
 
2- PITOU PROPRE... ET MINOU AUSSI (toilettage pour animaux)
De toute beauté. Je n'y aurais jamais pensé.
 
 
3- GERBER (aliments pour bébés)
Le coeur me lève.
 
 
4- LA CALÈCHE DU SEXE (club de danseuses nues)
Va pour la cabane, la casa, la casbah, la caverne, la cage, la cave, mais la calèche, vraiment, je ne la sens pas.
 
 
5- LE CAFÉ DE L'ÉLITE (café-terrasse)
Je vous mets au défi d'oser y aller, verres fumés sur le nez et carnet d'autographes à la main.
 
 
6- SUSHI KAO BOI (merci Adso)
Chef japonnais à chapeau de cowboy en prime. Un bel exemple de multiculturalisme...
 
 
 
 
January 03

vingt

 
Résolutions 2007
 
 
- Ne plus écrire de paroles de chansons sur le blog sans diffuser la chanson en même temps
 
- Comprendre comment diffuser une chanson sur le blog
 
- Comprendre que 3 manteaux en vente que j'aime plus ou moins valent un manteau aimé à prix régulier
 
- Ne pas acheter de manteau à prix régulier si j'ai acheté 3 manteaux en vente
 
- Accepter que sortir prendre de l'air ne veut pas dire fumer une clope sur la galerie
 
- Me rappeler que je ne nettoyais jamais la cage de mon hamster quand j'étais jeune
 
- Nettoyer la cage du cochon d'Inde de mes enfants
 
- Accepter que 14 paires de bobettes ne me permettent pas d'éviter la lessive pendant 2 semaines
 
- Arrêter de fumer en janvier
 
- Me rappeler que l'année 2007 possède un mois de janvier
 
- Expliquer à mon père que TOURISME ÉQUITABLE ne veut pas dire être  toujours gentil avec les serveurs d'un  hôtel tout compris
 
- Expliquer à ma mère que TCHADOR n'est pas une marque de parfum de Christian Dior
 
- Lâcher prise
 
BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2007 À TOUS !!!!!
 
December 20

dix-neuf

 
Makin' whoopee
(Walter Donaldson)
 
Another bride, another June
Another sunny honeymoon
Another season, another reason
For makin' whoopee

A lot of shoes, a lot of rice
The groom is nervous, he answers twice
Its really killin'
That he's so willin' to make whoopee

Now picture a little love nest
Down where the roses cling
Picture the same sweet love nest
Think what a year can bring, yes

He's washin dishes and baby clothes
He's so ambitious he even sews
But don't forget folks,
Thats what you get folks, for makin' whoopee

Another year, maybe less
What's this I hear? well, can't you guess?
She feels neglected, and he's suspected
Of makin' whoopee

Yeah, she sits alone,
Most every night
He doesn't phone, he doesn't write
He says he's busy,
But she says, "Is he?"
He's makin' whoopee

Now he doesn't make much money
Only five thousand per
Some judge who thinks he's funny
Says, "You'll pay six to her."

He says, "Now judge, suppose I fail?"
Judge say, "Budge right into jail.
You'd better keep her. I think it's cheaper
Than makin' whoopee."

December 11

dix-huit

Le Bell et le bête
 
- Bell Canada, mon nom est Carla, comment puis-je vous aider?
 
- Oui, bonjour, c'est pour enlever ma double ligne.
 
- L'Appel en attente?
 
- C'est ça.
 
- Puis-je vous en demander la raison, monsieur?
 
- J'm'en sers pas.
 
- C'est pourtant bien pratique. Je vois que vous n'avez pas de Boîte vocale. Si quelqu'un essaie de vous appeler pendant que vous êtes déjà en ligne, vous ne pourrez jamais le savoir, si vous coupez l'Appel en attente. Permettez-moi de vous suggérer non seulement de garder votre Appel en attente mais de vous ajouter la Boîte vocale, au cas où vous ne voudriez pas répondre à votre Appel en attente mais que vous vouliez savoir quand même qui vous a appelé pendant que vous discutiez sur votre première ligne et que la deuxième a sonné sans que vous y répondiez. On ne sait jamais, ça peut être une urgence.
 
- Ils rappelleront.
 
- C'est une option bien sûr, mais s'ils n'ont pas le temps? Avec la vie d'aujourd'hui, qui a le temps de rappeler? Je ne vous connais pas personnellement, mais êtes-vous bien certain de valoir un deuxième appel? Vous passerez peut-être à côté d'une chance de changer votre vie, de dire "Je t'aime" à un être cher avant qu'il meurt, qui sait ce que l'avenir nous réserve? Parlant d'options, vous connaissez nos Services Étoiles?
 
- Oui, je les connais.
 
- Faites-moi confiance, vous les voulez tous. Il y a tellement de choses aujourd'hui qui échappent à notre contrôle: guerre en Irak, travail des enfants, pollution de la planète, pauvreté, terrorisme, condition des femmes musulmanes, montée du sida en Afrique, et j'en passe. L'Homme a besoin d'intervenir directement sur les événements à sa portée. C'est en changeant nos habitudes au quotidien que le monde s'améliore, je ne suis pas la première qui le dit. Participer chez soi à améliorer le sort mondial est un acte responsable et très valorisant. Vous êtes d'accord avec moi?
 
- Oui, bien sûr, m...
 
- Je savais que vous n'étiez pas de cette bande d'individualistes égocentriques et mégalomanes pour qui seuls les profits comptent au détriment des valeurs morales. Je suis fière de vous connaître. Le soir en me couchant, j'aurai désormais une pensée pour vous, qui avez su vous sacrifier pour faire avancer l'humanité dans ce qu'elle a d'essentiel. Vous êtes grand et bon. Moi qui suis plutôt dépressive, vous me donnez envie de vivre longtemps. Vous avez d'autres questions?
 
-Euh... non.
 
- Parfait. J'inscris Appel en attente, Boîte vocale et les 8 Services Étoiles. Votre transaction est terminée. Je vous souhaite une bonne journée, monsieur. Merci d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be... d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir appelé Be..., d'avoir...
 
Désolé. Nous éprouvons des problèmes techniques. Veuillez rappeler plus tard.
 
 
 
December 05

dix-sept

 
Un poisson rouge
(chanson populaire)
 
Un poisson rouge ayant appris
Que les oiseaux vivaient sans cage
Un jour se dit tiens-moi aussi
Je voudrais voir du paysage

Mon bocal est trop petit
L'eau est sale, l'herbe y pousse
Je veux voir du beau pays
Et m'étendre... sur la mousse...

Il enfila son beau complet
Mit son faux col dans sa valise
Au paillasson confia la clef
à moi donc la terre promise

Il n'est jamais rentré chez lui
Il est peut-être allé à Rome
Si tu le vois ami dis-lui
Que j'ai changé son aquarium


 
December 01

seize

 
Criss de Québec à marde
 
Il neige des mottes de morve. Le ciel crache ses poumons. Le mucus céleste me coule dans le cou. Je glisse sur la galerie. Mon corps se contorsionne. Miraculeusement, mes mains atterrissent dans les sécrétions visqueuses avant mes fesses. Je me relève et les essuie sur mon manteau. Inutile. Je patauge dans la slush. La substance gluante pénètre mes bottes par le haut et glisse des mollets à la plante des pieds. J'arrive à mon auto juste à temps pour m'appuyer dessus. Les fenêtres étouffent sous 2 pouces de glaire gelé.  Je réussis à décongestionner la portière à coups d'épaule. Je m'assois au volant. J'ai du mascara jusqu'au menton. Je m'essuie les yeux avec ma manche. Je tache mon manteau blanc. Je démarre mon bolide. Noyé. J'insiste. Mort. Je m'allume une clope et me calme. Je retourne vers la maison. Panne d'électricité. Je dégouline dans l'entrée. Je me déshabille et retourne me coucher. Osti que j'ai hâte à l'hiver.
 
November 27

quinze

 
IN MEMORIAM
 
Il dormait sur mon chemin, mon pied gauche a buté dessus.
Ma journée avait plutôt bien commencé et mon itinéraire était planifiée au quart de tour. En touriste exemplaire, j'ai visité un musée, une quinzaine de monuments, un centre d'achat, un Starbuck, un Second Cup, deux Pub anglais, une fruiterie, un bord de l'eau, trois quartiers et un pont. J'ai distribué les good morning et les have a nice day de façon juste et équitable. J'ai donné deux dollars à un gratteux de guitare saoûl qui hurlait dans un mauvais micro "Oh baby, baby, it's a wild world"; j'affichais le sourire d'une gérante qui venait de découvrir Madonna. En véritable citoyenne concernée, j'ai ponctué ma visite du Parlement de Oh my God, it is beautiful et de I can't believe it bien sentis et parfaitement bilingues. Jugeant que l'impression de marcher sur un tapis de clous était probablement un message codé envoyé par mes pieds-voyageurs exténués, je leur ai offert une pause dans le parc le plus proche...
 
Il dormait sur mon chemin, mon pied gauche a buté dessus.
Son tombeau était navrant de simplicité. N'ayant jamais eu l'esprit guerrier, sauf contre mes parents, les aventures de nos soldats nationaux me touchaient autant que le dernier match des Sénateurs... jusqu'à ce que je lise l'épitaphe.
À LA MÉMOIRE DU SOLDAT INCONNU
Ça m'a tuée. L'idée des mères éplorées venant pleurer sur cette tombe anonyme leurs fils morts, disparus et jamais identifiés m'était insupportable. Ce monument symbolique représente combien de frères décimés au point qu'ils soient non-identifiables? Des milliers?
 
Je suis revenue de la capitale samedi. Mais une toute petite partie de moi est restée couchée auprès du soldat inconnu.
Pour le réchauffer.
 
 
November 19

quatorze

 
 
       Je m'approchais lentement, sceptique, avec l'impression de tellement la connaître que j'en avais la nausée. J'y allais pour les autres, les parents, les amis, tous ceux qu'elle intriguait et à qui elle n'avait jamais donné rendez-vous. La journée était belle, le temps clément. Une légère brise saline balayait les feuilles du parc que je traversais. L'air était frais, le soleil presque tendre. La ville s'était tue. Au rythme de mes pas s'accordait la danse des vagues dont la musique amplifiait à mesure que j'avançais. J'y étais. J'ai fermé les yeux et je me suis appuyée sur la rambarde. Je les ai ouvert lentement, incrédule, sur mes gardes. Elle se tenait là, devant moi, majestueuse et invitante. Elle était l'emblème des millions de gens qui vivaient près d'elle tous les jours. Elle flottait sur la mer comme on vole sur le vent. Et je l'admirais de loin, émue. Elle symbolisait. Elle statuait. Elle libérait. Je l'ai regardé une dernière fois et je me suis retournée vers New York, les yeux humides. Et le coeur plein.
 
 
November 14

treize

 
La porte ouverte et les yeux fermés    
 
Une porte dans le monde se promenait gaiement
Sifflant une mélodie jusqu'où la vie s'étend
Quand surprise elle tomba au détour d'un chemin
Sur des yeux qui fermés poursuivaient leur destin
 
Elle chercha le regard des nouveaux arrivants
Une lueur, étincelle, un éclat bien vivant
Mais au fond de leur âme elle avait beau fouiller
Aucune trace d'ouverture, ils restaient bien soudés
 
Elle se plaça devant les aveugles paupières
Tourna vite sa poignée et ouvrit son battant
Les yeux clos dérangés dans leur triste misère
Contournèrent l'étangère, s'éloignèrent cils au vent
 
Une porte sur les routes marchait libre et légère
Oubliant sa rencontre, accomplissant sa voie
Et des yeux esseulés pleuraient une rivière
En rêvant d'une porte qui s'ouvrirait parfois
 
 
November 11

douze

 
 
Si ce soir ses silences incitatifs sollicitent sans cesse sa sensible cerise sans assouvir ses sens surchauffés, elle finira par écrire des exercices de dictions.
 
  
November 09

onze

 
 
 
Il n'y a pas de mal à être pauvre, t'as juste moins de biens.
 
                                                                                                         Dominic Léonard, humoriste
November 07

dix

 
 
 J'éprouve un charme inexprimable à marcher en aveugle au-devant de ce que je crains.
 
                                                                                                                              Benjamin Constant
November 06

neuf

 
23h30. Plateau. Anne-Marie et Éric, dans un bar.
 
- De toute façon, t'es pas mon genre.
- Ah bon?
- ...
- ...
- Tu dis rien?
- B'en, j'ai rien à dire.
- C'est pas que t'es pas gentil, c'est plus que ça clique pas.
- ...
- J'ai bien senti que j'te plaisais, pis toute, jusse la façon qu'tu me r'gardes, mais j'veux pas qu'tu t'fasses des idées pis qu'tu penses que c'est réciproque. C'toujours ça qui m'arrive quand j'rencontre des gars, y tombent en amour pis là j'me ramasse à leur faire d'la peine. C'est pas plus facile pour moi, j'me sens mal pis ça gâche ma soirée. C'est dure d'être belle pis d'toujours allumer les gars que j'rencontre.
Ya toute la culpabilité, c'pas facile à dealer. J'aimerais mieux être plus ordinaire, ça s'rait moins compliqué. 
- ...
- Tu dis rien?
- Je...
- R'marque que ça me fait plaisir, là, c'est pas que ça m'fait pas plaisir. T'es vraiment beau pis t'as l'air intelligent. Parle-moi pas des pétards qui ont rien à dire, ça m'rend folle. Y trippent tellement sur eux autres qui t'laissent jamais parler. Ils l'savent trop qui sont beaux pis c'est comme si y t'faisaient un honneur de t'parler. Toi t'es pas comme ça. T'écoutes pis tu parles pas jusse de toi.
- ...
- Même qu'un moment donné, pendant la soirée, j'me suis d'mandée si j'avais pas un kick sur toi, mais j'pas prête à m'embarquer. Quand j't'allée m'asseoir à côté de toi, tantôt, j'pensais vraiment que là, ça y'était. J't'avais observé de loin, pis t'avais l'air d'avoir du fun avec tes chums, tu riais pis toute, ça m'a charmé. Quand j'me suis présentée, tu m'as r'gardée avec un air comme si tu croyais pas ça qu'une belle fille vienne te parler. Mais chu d'même, quand j'sens que ça s'rait peut-être un bon match, j'me gêne pas. Tu t'appelles comment?
- Éric.
- B'en Éric, je suis désolée. Prends pas ça personnel, c'est pas toi. J'ai d'la misère à tomber en amour. P't'être que ça vient de ma famille, mes parents sont divorcés. En tout cas j'm'excuse encore. T'es b'en smath pis tu mérites quelqu'un de bien. J'voudrais pas qu'tu m'en veuilles.
- ...
- Tu dis rien?
- Je suis gay.
 
November 05

huit

 
Je couche avec elle depuis si longtemps.
Elle me possède, me fascine, me déçoit, m'étourdit. Indomptable, imprévisible, capricieuse, exaltée, parfois chaude, souvent glacée, elle se joue de moi comme d'une étrangère. Elle me séduit quand je m'en lasse, me repousse quand je la désire. Je la nomme quand je la trompe, je la cherche dans d'autres bras. Quand je pense à m'en sauver, j'y reviens la tête basse, les yeux fuyants. Elle m'accueille indifférente, infidèle et magnifique. Je l'aime d'un amour fier et coupable, presque agressif, exagéré. Je rêve de l'épouser, de la posséder. Elle est ma maîtresse putain, elle m'épuise, me fouette le sang.
Je dors avec elle et ses millions d'amants, ses milliers de clochers, ses centaines de voies, ses dizaines de quartiers et son âme insaisissable. 
Elle est mon île, Montréal, mon chez-moi, mon nid, mon lit, mon amie, mon amante, mon amour.
 
Et je lui rends hommage.