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11月27日 quinzeIN MEMORIAM
Il dormait sur mon chemin, mon pied gauche a buté dessus.
Ma journée avait plutôt bien commencé et mon itinéraire était planifiée au quart de tour. En touriste exemplaire, j'ai visité un musée, une quinzaine de monuments, un centre d'achat, un Starbuck, un Second Cup, deux Pub anglais, une fruiterie, un bord de l'eau, trois quartiers et un pont. J'ai distribué les good morning et les have a nice day de façon juste et équitable. J'ai donné deux dollars à un gratteux de guitare saoûl qui hurlait dans un mauvais micro "Oh baby, baby, it's a wild world"; j'affichais le sourire d'une gérante qui venait de découvrir Madonna. En véritable citoyenne concernée, j'ai ponctué ma visite du Parlement de Oh my God, it is beautiful et de I can't believe it bien sentis et parfaitement bilingues. Jugeant que l'impression de marcher sur un tapis de clous était probablement un message codé envoyé par mes pieds-voyageurs exténués, je leur ai offert une pause dans le parc le plus proche...
Il dormait sur mon chemin, mon pied gauche a buté dessus.
Son tombeau était navrant de simplicité. N'ayant jamais eu l'esprit guerrier, sauf contre mes parents, les aventures de nos soldats nationaux me touchaient autant que le dernier match des Sénateurs... jusqu'à ce que je lise l'épitaphe.
À LA MÉMOIRE DU SOLDAT INCONNU
Ça m'a tuée. L'idée des mères éplorées venant pleurer sur cette tombe anonyme leurs fils morts, disparus et jamais identifiés m'était insupportable. Ce monument symbolique représente combien de frères décimés au point qu'ils soient non-identifiables? Des milliers?
Je suis revenue de la capitale samedi. Mais une toute petite partie de moi est restée couchée auprès du soldat inconnu.
Pour le réchauffer.
11月19日 quatorze Je m'approchais lentement, sceptique, avec l'impression de tellement la connaître que j'en avais la nausée. J'y allais pour les autres, les parents, les amis, tous ceux qu'elle intriguait et à qui elle n'avait jamais donné rendez-vous. La journée était belle, le temps clément. Une légère brise saline balayait les feuilles du parc que je traversais. L'air était frais, le soleil presque tendre. La ville s'était tue. Au rythme de mes pas s'accordait la danse des vagues dont la musique amplifiait à mesure que j'avançais. J'y étais. J'ai fermé les yeux et je me suis appuyée sur la rambarde. Je les ai ouvert lentement, incrédule, sur mes gardes. Elle se tenait là, devant moi, majestueuse et invitante. Elle était l'emblème des millions de gens qui vivaient près d'elle tous les jours. Elle flottait sur la mer comme on vole sur le vent. Et je l'admirais de loin, émue. Elle symbolisait. Elle statuait. Elle libérait. Je l'ai regardé une dernière fois et je me suis retournée vers New York, les yeux humides. Et le coeur plein.
11月14日 treizeLa porte ouverte et les yeux fermés
Une porte dans le monde se promenait gaiement
Sifflant une mélodie jusqu'où la vie s'étend
Quand surprise elle tomba au détour d'un chemin
Sur des yeux qui fermés poursuivaient leur destin
Elle chercha le regard des nouveaux arrivants
Une lueur, étincelle, un éclat bien vivant
Mais au fond de leur âme elle avait beau fouiller
Aucune trace d'ouverture, ils restaient bien soudés
Elle se plaça devant les aveugles paupières
Tourna vite sa poignée et ouvrit son battant
Les yeux clos dérangés dans leur triste misère
Contournèrent l'étrangère, s'éloignèrent cils au vent
Une porte sur les routes marchait libre et légère
Oubliant sa rencontre, accomplissant sa voie
Et des yeux esseulés pleuraient une rivière
En rêvant d'une porte qui s'ouvrirait parfois
11月11日 douzeSi ce soir ses silences incitatifs sollicitent sans cesse sa sensible cerise sans assouvir ses sens surchauffés, elle finira par écrire des exercices de dictions.
11月7日 dix J'éprouve un charme inexprimable à marcher en aveugle au-devant de ce que je crains.
Benjamin Constant 11月6日 neuf23h30. Plateau. Anne-Marie et Éric, dans un bar.
- De toute façon, t'es pas mon genre.
- Ah bon?
- ...
- ...
- Tu dis rien?
- B'en, j'ai rien à dire.
- C'est pas que t'es pas gentil, c'est plus que ça clique pas.
- ...
- J'ai bien senti que j'te plaisais, pis toute, jusse la façon qu'tu me r'gardes, mais j'veux pas qu'tu t'fasses des idées pis qu'tu penses que c'est réciproque. C'toujours ça qui m'arrive quand j'rencontre des gars, y tombent en amour pis là j'me ramasse à leur faire d'la peine. C'est pas plus facile pour moi, j'me sens mal pis ça gâche ma soirée. C'est dure d'être belle pis d'toujours allumer les gars que j'rencontre.
Ya toute la culpabilité, c'pas facile à dealer. J'aimerais mieux être plus ordinaire, ça s'rait moins compliqué.
- ...
- Tu dis rien?
- Je...
- R'marque que ça me fait plaisir, là, c'est pas que ça m'fait pas plaisir. T'es vraiment beau pis t'as l'air intelligent. Parle-moi pas des pétards qui ont rien à dire, ça m'rend folle. Y trippent tellement sur eux autres qui t'laissent jamais parler. Ils l'savent trop qui sont beaux pis c'est comme si y t'faisaient un honneur de t'parler. Toi t'es pas comme ça. T'écoutes pis tu parles pas jusse de toi.
- ...
- Même qu'un moment donné, pendant la soirée, j'me suis d'mandée si j'avais pas un kick sur toi, mais j'pas prête à m'embarquer. Quand j't'allée m'asseoir à côté de toi, tantôt, j'pensais vraiment que là, ça y'était. J't'avais observé de loin, pis t'avais l'air d'avoir du fun avec tes chums, tu riais pis toute, ça m'a charmé. Quand j'me suis présentée, tu m'as r'gardée avec un air comme si tu croyais pas ça qu'une belle fille vienne te parler. Mais chu d'même, quand j'sens que ça s'rait peut-être un bon match, j'me gêne pas. Tu t'appelles comment?
- Éric.
- B'en Éric, je suis désolée. Prends pas ça personnel, c'est pas toi. J'ai d'la misère à tomber en amour. P't'être que ça vient de ma famille, mes parents sont divorcés. En tout cas j'm'excuse encore. T'es b'en smath pis tu mérites quelqu'un de bien. J'voudrais pas qu'tu m'en veuilles.
- ...
- Tu dis rien?
- Je suis gay.
11月5日 huitJe couche avec elle depuis si longtemps.
Elle me possède, me fascine, me déçoit, m'étourdit. Indomptable, imprévisible, capricieuse, exaltée, parfois chaude, souvent glacée, elle se joue de moi comme d'une étrangère. Elle me séduit quand je m'en lasse, me repousse quand je la désire. Je la nomme quand je la trompe, je la cherche dans d'autres bras. Quand je pense à m'en sauver, j'y reviens la tête basse, les yeux fuyants. Elle m'accueille indifférente, infidèle et magnifique. Je l'aime d'un amour fier et coupable, presque agressif, exagéré. Je rêve de l'épouser, de la posséder. Elle est ma maîtresse putain, elle m'épuise, me fouette le sang.
Je dors avec elle et ses millions d'amants, ses milliers de clochers, ses centaines de voies, ses dizaines de quartiers et son âme insaisissable.
Elle est mon île, Montréal, mon chez-moi, mon nid, mon lit, mon amie, mon amante, mon amour.
Et je lui rends hommage. |
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