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Parfois Kiev

on se retrouve
February 20

vingt-neuf

 
CHRONIQUES DE LA TRIBU
 
Les beaux dimanches
 
Mémé-Morale tenta d'attraper la télécommande avant que Controlfreak-Pépé ne lui tape sur la main en soupirant. Elle prit Mère-Veilleuse à témoin en sanglotant sur les derniers 45 ans de son existence  d'épouse et répéta pour la centième fois qu'elle aurait dû accepter la demande en mariage de René Rochon en 59, malgré sa légère déficience intellectuelle. Elle essuya ensuite la bouche de Mère-Veilleuse avec son pouce préalablement trempé de salive, replaça la housse de vinyle quadrillée vert et jaune sur les sofas de cuir italien et retoucha son maquillage avant de commencer à désosser son poulet en s'enfilant un troisième Cinzano. Controlfreak-Pépé arracha les CD des mains de Mère-Veilleuse en lui demandant poliment ce qu'elle voulait entendre et inséra, sans attendre la réponse, une version instrumentale de Céline Dion avec bruits de vagues comme trame de fond. En changeant les postes de la télévision sur mute, il commenta la température des derniers jours et y alla de ses prédictions, saison par saison, pour les 5 prochaines années. Mère-Veilleuse, nerveuse, chercha subtilement la clé qui servait à déverrouiller la porte d'entrée de l'intérieur et retint de justesse son envie de s'enfuir en défonçant la bay window. En désespoir de cause, elle s'alluma une clope sur le bord du foyer et attendit patiemment que Mémé-Morale finisse de scander ses slogans anti-tabac. Dieu-le-Père appella à ce moment-là et servit d'excuse à Mère-Veilleuse qui prétexta une maladie infectieuse africaine de sa fille de 6 ans pour s'enfuir à tombeau ouvert du donjon familial. Elle rejoignit sa tribu qui l'accueillit en silence, trop occupée à revoir La Matrice en grignotant un restant de nachos.
January 07

vingt-huit

 
CHRONIQUES DE LA TRIBU
 
Party de famille
 
Mère-Veilleuse acheva la coupe de cheveux de Mimi-Comédie le doute aux yeux. Celle-ci éclata en sanglots déchirants la seconde où elle se vit dans le miroir et jura solennellement qu'elle ne sortirait plus jamais de la maison à moins qu'on ne lui achète la perruque blonde d'Hannah Montana. Mère-Veilleuse calma sa fille à coup de restant de bonbons d'Halloween et étouffa le fou rire de Lîle-Ermitte à coup de chantage informatique. Après trois clopes sous la fan, Mère-Veilleuse finit de s'habiller en vue du party de famille annuel sans alcool au royaume de Dieu-le-Père qui tentait de faire démarrer Minoune en lui prodiguant prières et insultes. Après 50 minutes de chemin de campagne où Dieu-le-Père récita les noms de tous les propriétaires des maisons de ferme de son enfance pendant que Lîle-Ermitte déjouait Mario sur sa nouvelle DS, que Mimi-Comédie hurlait les tounes d'High School Musical 3 dans un dialecte connu d'elle-seule et que Mère-Veilleuse faisait semblant de dormir, la tribu se pointa au centre communautaire éclairé aux néons où les attendait les deux cents membres du clan paternel. Fils et fille se jetèrent dans les sandwiches pas de croûte, la salade de patates et le sucre à la crème sans prendre le temps d'enlever leurs bottes pendant que Mère-Veilleuse tentait d'enfiler ses ô-combien-magnifiques nouvelles chaussures à talons sans déposer son délicat peton dans la slush laissée par les centaines de paires de bottes mouillées. Quatre heures plus tard, la tribu pu rentrer chez-elle après moult Joyeux Noël, poignées de mains et becs mouillés distribués généreusement à oncles, tantes, cousins et cousines dont seul Dieu-le-Père connaissait les noms. Le chemin du retour se fit en silence sous la lente valse des flocons de neige, chacun s'abîmant dans la mer blanche de ses pensées. Mère-Veilleuse s'endormit paisiblement en savourant le calme ronronnement de Minoune qui rendit l'âme sur l'autoroute, 20 minutes avant d'arriver à la maison.
 
 
 
December 22

vingt-sept

CHRONIQUES DE LA TRIBU
 
Plaisirs d'hiver 2 (suite et fin)
 
Lîle-Ermitte survole la piste en ligne droite, tentant obstinément de s'envoler, les bâtons pendant au bout de ses bras en croix, poursuivi avec acharnement par un Dieu-le-Père terrorisé par la mort prochaine de son fils bien-aimé qu'il préférerait assis à sa droite que dévalant l'enfer. La langue balayant son nez par intermittence  et le faux-col durcit par la morve accumulée, Mimi-Comédie, appliquée, chasse la neige d'un bout à l'autre de la piste, les skis tantôt en sapin, tantôt dans le sapin. Les reins en compote, Mère-Veilleuse sue à grosses gouttes en redressant pour la centième fois le corps mou de sa fille hilare, rêvant désespérément d'un pichet de cognac relevé de café chaud. Après un repas astronomique de hot-dog secs et de pâteuses frites grasses, la tribu quitte le Mont-Calvaire le bonheur aux joues et les pieds gelés.
March 28

vingt-six

 
CHRONIQUES DE LA TRIBU
 
L'Éloge de la fuite
 
Mimi-Comédie, les deux fesses dans le sable, tentait de reconstituer fidèlement le château de Barbie à l'aide d'une petite pelle verte et des trois verres de rhum-coco vidés dans la matinée par Mère-Veilleuse, pendant que Lîle-Ermitte, appliquant méthodiquement la technique du petit chien, se débattait inlassablement contre le ressac à une main, se bouchant le nez avec l'autre. Mère-Veilleuse et Dieu-le-Père batifolaient allègrement dans la vague en body-surfant à qui-mieux-mieux, l'eau saline désinfectant spontanément les plaies infligées par le râpage systématique de leurs jolis corps enduit de crème 45 sur la rive sablonneuse de leur paradis. Le soleil déclinait paresseusement quand Dieu-le-Père rapatria la tribu pendant que Mère-Veilleuse cherchait son bas de bikini exilé au large. Après 4 douches sous un filet d'eau tiède bien méritées, Mère-Veilleuse pelleta le fond du bain, parfuma sa marmaille et enfila une mini-robe sexy acheté spécialement pour le voyage dont le coût lui aurait permis d'amener Mémé-Morale avec eux en vacances, ce dont il n'était évidemment pas question. Dieu-le-Père retourna au petit coin pour la neuvième fois de la journée, emplissant l'air de la chambre d'effluves de bouffes des îles mal digérées. Vingt minutes plus tard, ils étaient enfin prêt à affronter le buffet du soir suivi du spectacle des jeunes déesses dominicaines en G-String que Lîle-Ermitte qualifiait timidement de jolies, les yeux agrandit par sa première poussée d'hormones, approuvé sans équivoque par Dieu-le-Père, rivé sur sa chaise. L'heure du dodo venue, Mimi-Comédie produisit sur son lit le premier strip-tease de l'histoire d'une enfant d'âge préscolaire à grands coups de déhanchements lubriques et de sons suggestifs. La tribu s'endormit lentement sur le ronronnement de l'air climatisée et les tabarnacs guerriers d'un groupe de québécois saoûls morts dans le corridor de l'hôtel, rêvant déjà à la journée du lendemain.
February 15

vingt-cinq b)

 
C'est douloureux.